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Le trouble de la personnalité narcissique

  • 16 min

Découvrez le trouble de la personnalité narcissique : ses manifestations, ses vulnérabilités, les possibilités de rétablissement et des conseils pour les proches.

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Dans une série de deux textes, nous décrivons ce que sont les troubles de la personnalité narcissique et limite, probablement plus connus que les autres en raison, entre autres, des interactions négatives que ces troubles suscitent chez l'entourage. Vous pouvez vous référer au texte général sur les troubles de la personnalité pour une description de ce qu’est la personnalité et ce que représentent les troubles de la personnalité.

Qu’est-ce que le trouble de la personnalité narcissique?

Le trouble de la personnalité narcissique se caractérise par un patron persistant de grandiosité tant dans les fantasmes que dans les comportements. La personne présente un besoin important d’admiration. Elle manifeste un manque d’empathie envers les autres (APA, 2022, p. 760)1. La personne vivant avec ce trouble – du moins celui considéré comme antagoniste – en plus de présenter un sens grandiose de son importance, est absorbée par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, d’amour idéal. Elle se considère comme une personne spéciale ou exceptionnelle. Elle croit souvent que tout lui est dû. Elle peut exploiter les autres pour atteintes ses propres objectifs. Elle peut également adopter des attitudes et des comportements arrogants et hautains (Huot, 2026, p. 301)2.

Visuallys / Chaimae Khouldi
  • Le taux médian de prévalence de ce trouble se situe entre 1,6 % et 6,2 % dans la population générale selon diverses études.
  • Parmi les adultes âgés de 18 ans et plus vivant avec ce trouble, il est plus fréquent chez les hommes (entre 50 % à 75 %). Par ailleurs les hommes présentent une réactivité plus forte face au stress et une capacité d'empathie altérée, contrairement aux femmes qui ont tendance à se replier sur elles-mêmes.
  • Les traits narcissiques sont relativement communs chez les adolescents, mais cela n’indique pas nécessairement que ces jeunes vont développer un trouble de la personnalité narcissique à l’âge adulte3.

Une caractéristique importante est que l’estime de soi des personnes vivant avec ce trouble « dissimule un sentiment d’infériorité. On parle de la “bulle narcissique” pour décrire leur image de soi grandiose, mais fragile. La bulle peut éclater. Les personnalités narcissiques peuvent être sujettes à un épisode dépressif quand leur image de soi s’effondre »4. 

C’est souvent à la suite d’un tel épisode que les personnes consultent pour de l’aide psychologique.

Des interprétations du trouble de la personnalité narcissique

Selon les tenants de l’approche cognitive comportementale, il existerait chez les personnes vivant avec un trouble de la personnalité narcissique une mobilisation constante de mécanismes d’autovalorisation, lesquels orientent leur activité mentale et les amènent à embellir leurs récits5. Cela les amène à mentir de façon pathologique, et ce, par intérêt, plaisir ou habitude, au point de finir par croire à leurs propres mensonges. Debray et Nollet axent leur interprétation sur le fait que ces individus présentent :

  • une attitude prétentieuse
  • un besoin constant d’admiration et d’intolérance à la critique
  • la certitude de mériter un statut privilégié
  • de l’indifférence vis-à-vis des autres et une tendance à les exploiter 

C’est d’ailleurs ce type d’interprétation qui, malheureusement, prévaut dans la population et qui fait qu’on peut avoir tendance à reproduire, à leur égard, le manque d’empathie que ces personnes témoignent à l’égard des autres. Dans ce type de théorisation, il y a peu de place pour des aspects positifs qui existent pourtant chez ces personnes.

Ce qui les amènerait à consulter serait liée à une souffrance psychique à la suite de désillusions répétées et parfois en raison d’ultimatums de la part de leur partenaire ou encore de sanctions disciplinaires reliées à leur relation avec des collègues ou d’autres humiliations comme la perte d’un emploi6.

Le psychiatre français Jean Cottraux fait référence à des schémas narcissiques – dont la conceptualisation fait partie des approches cognitives comportementales. Selon cette théorisation, il y aurait trois types de personnalités narcissiques :

  • la personnalité antagoniste

  • la personnalité en dépression

  • la personnalité en santé

Il utilise une métaphore très parlante : celle de l’iceberg. Une personnalité narcissique serait structurée autour de deux pôles.

  • Un pôle émergé : visible, conscient, affiché
  • Un pôle immergé : caché, inconscient, souvent inaccessible à la personne elle-même7

Ces deux pôles correspondent à deux manières opposées de se percevoir : supérieure ou inférieure, et c’est la prédominance de l’un ou de l’autre qui colore le type de personnalité. Pour certains, selon la catégorisation du psychiatre Cottraux, le pôle émergé sera teinté de supériorité, pour d’autres ce sera l’infériorité qui sera le pôle émergé.

On voit ici qu’il y a divers types de personnalité narcissique, et que ces personnes ne sont pas toutes malveillantes et manipulatrices au point de faire souffrir les autres comme souvent on les dépeint.

Selon l’approche de Bateman et Fonagy basée sur la mentalisation, la personne vivant avec un trouble de la personnalité narcissique est dans l’incapacité de mentaliser. On définit la mentalisation comme la compréhension, dans un sens large, de nos actions et de celles des autres sur la base des états d’esprit conscients, comme les émotions, les croyances. Ces parties sont opaques, dans le sens que nous n’avons pas accès directement à ces états d’esprit. Ce qui est visible ce sont les comportements8.

Par exemple ce que l’on voit d’une personne narcissique – du moins pour la personnalité antagoniste, c’est son arrogance, on n’a pas accès à sa souffrance, au mépris qu’elle a d’elle-même. On oublie souvent cet aspect de la personnalité narcissique, c’est-à-dire des personnes qui ont une faible estime d’elles-mêmes. Pour Cherrier (2013)9, la détresse, l’insécurité et l’hypersensibilité des hommes auprès desquels il intervient sont sous-représentées dans les écrits, mais aussi les difficultés de régulation affective de l’expérience de honte et de fierté qu’ils expérimentent.

Ce qu’il faut savoir c’est que c’est impossible de toujours mentaliser. Il est normal dans des situations très émotives – surtout dans nos liens significatifs avec les autres  – de ne pas mentaliser. Mais on constate que certains patrons de difficulté de mentalisation se trouvent plus fréquemment chez les personnes ayant un trouble de la personnalité, par exemple une tendance à mettre l’accent de façon prioritaire sur leur état d’esprit au détriment de celui des autres, et certaines perdent leur capacité de mentaliser dans plusieurs situations de vie10.

Ce qu’il faut faire et ne pas faire pour aider ces personnes

Le psychiatre Simon Poirier donne des indications aux thérapeutes pour favoriser la capacité de mentaliser de ces personnes, qui à notre avis, peuvent s’appliquer aux membres de l'entourage. Nous présentons donc trois modes de pensée caractéristiques de l’échec de mentalisation :

  1. l’équivalence psychique
  2. la pseudo-mentalisation
  3. la pensée téléologique, c’est-à-dire une manière de comprendre les comportements uniquement à travers le résultats observables de ces comportements ou leur finalité supposée

Pour ces trois modes, nous indiquons ce que représente une intervention mentalisante, mais aussi ce qu’il faut éviter de faire.

Visuallys / Équipe Visuallys IA Hiver-Printemps 2023 avec Midjourney

Les manifestations de l’équivalence psychique sont la conviction de savoir ce qu’il y a dans l’esprit de l’autre, il n’y a aucune place au doute. Cela peut donner le goût au thérapeute (ou à un membre de l'entourage) d’argumenter ou de défendre sa position.

Par exemple, la personne dit : « C’est clair que vous ne m’aimez pas, que je vous fatigue... ».

Ce que l’on risque de ressentir : de la perplexité, le désir de réfuter cette affirmation surtout si les propos paraissent logiques. De ne pas être certain de savoir quoi dire, d’être en colère ou désespéré.

Une intervention mentalisante sera axée sur une validation empathique, de la curiosité, de l’accueil, de la clarification. On peut dire : « Comment en êtes-vous venu à cette conclusion? »

L’intervention qui sera peu efficace est de s’obstiner ou d’argumenter (« Voyons donc, ce n’est pas vrai »), de mettre l’accent sur les détails et le contenu, de demeurer analytique, c’est-à-dire dans le rationnel au détriment de la dimension affective qui permet de reconnaitre les affects et de les nommer.

Les manifestations du « faire semblant » ou la pseudo-mentalisation sont un discours qui peut paraitre mentalisant, mais souvent vide de sens, qui ne fait pas de lien clair entre les événements et les émotions, qui est souvent marqué par une discordance entre le discours et les affects.

Par exemple la personne dit : « La rupture ne me dérange pas, je recherche la liberté… j’étais bien dans la relation, mais je suis bien libre aussi… »

Ce que vous risquez de ressentir : de l’ennui, du détachement ou une impression de n’avoir rien à apporter.

Une intervention mentalisante consistera à faire une pause (dire par exemple : « Retournons en arrière et voyons ce qui est arrivé à ce moment » et une mise à l’épreuve. S’il arrive qu’on soit dans une impasse dans la relation avec une personne, la nommer : « À ce que je vois nous tournons en rond. Quand je dis quelque chose, vous dites que ça n’a pas de bon sens. Je suis prêt à accepter que ce peut être le cas parfois, mais ce n’est sûrement pas toujours le cas. Qu’allons-nous faire maintenant? »

Une intervention qui risque de ne pas être efficace est de ne pas le reconnaitre, d’entrer dans des discussions philosophiques, analytiques et détachées de la réalité.

Visuallys / Équipe Visuallys IA Hiver-Printemps 2023 avec Midjourney

Les manifestations de la pensée téléologique se reconnaissent par une personne qui ne peut concevoir l’état d’esprit de l’autre que par des signes concrets, des comportements spécifiques, des actions. 

Par exemple réduire la compréhension de l’autre à des indices comportementaux : « Elle ne m’a pas souri en arrivant à la maison, donc elle était fâchée ». L’état interne (la colère dans cet exemple) sera interprété par la personne vivant avec un trouble de personnalité narcissique à partir d’un signe visible, sans considérer d’autres possibilités : que cette personne soit fatiguée, anxieuse, etc.

Ce que vous risquez de ressentir : de l’incertitude et de l’anxiété, un sentiment de « devoir faire des actions » (probablement lié à un phénomène de projection) : par exemple écrire une lettre, passer un coup de fil pour elle, etc.

Une intervention mentalisante consistera en une validation empathique du besoin, de décider de poser ou non une action après l’exploration du besoin, de se centrer sur l’affect entourant le dilemme de faire ou ne pas faire.

Une intervention qui risque de ne pas être efficace est de céder et toujours faire quelque chose à la place de la personne, sans se préoccuper de ce qui se trame dans la relation.

Est-ce que le rétablissement d’un trouble narcissique est possible?

Plusieurs écrits traitent de la possibilité pour ces personnes de se rétablir, du moins de leur capacité à reconnaitre leur vulnérabilité, leurs réactions agressives qui font qu’elles attaquent lorsqu’elles sont critiquées, etc. Surtout lorsqu’elles prennent conscience que ces gestes les font souffrir ainsi qu’à l'entourage. Les résultats d’une étude résumant les connaissances récentes sur le rétablissement de ces personnes montrent que les changements sont possibles, même s'ils sont lents et progressifs11.

Un meilleur pronostic se retrouve chez les personnes capables d’établir des relations intimes à long terme. Il est possible selon Elsa Ronningstam, une des spécialistes de la compréhension de ce trouble, qu’un trouble pouvant être qualifié d’antagoniste – ou pathologique – se transforme, surtout si la personne est motivée par des changements survenus dans sa vie personnelle comme le fait de devenir parent. Selon cette auteure : « Les personnes dont la pathologie narcissique est principalement liée à la régulation de l'estime de soi ou à la régulation des émotions, et qui présentent moins de difficultés à nouer et à maintenir des relations intimes, ont un meilleur pronostic et sont plus aptes à évoluer » (2005, p. 171)12.

Un guide pratique d’autosoins

Il existe un guide pratique d’autosoins, traduit en français, rédigé par Jeffrey Young et Janet Klosko13 selon la théorie des schémas qui s’appuie sur des techniques et des principes de la thérapie cognitive comportementale. Selon ces auteurs, un schéma est « une disposition qui prend sa source dans l’enfance et influence toute notre vie » (p. 15). Les caractéristiques de ces schémas, que les auteurs considèrent comme étant inadaptés, sont de trois ordres :

  1. ce sont des modes habituels de comportements, de thèmes qui existent depuis l’enfance
  2. ils sont autodestructeurs
  3. ils luttent pour leur survie14

À noter que ces auteurs n’utilisent pas de catégories diagnostiques, mais la description et l’analyse de onze schémas.

  • Le schéma d’abandon
  • Le schéma de carence affective
  • Le schéma de dépendance
  • Le schéma d’assujettissement
  • Le schéma « tout m’est dû »
  • Le schéma de méfiance et d’abus
  • Le schéma d’imperfection
  • Le schéma de sentiment d’exclusion
  • Le schéma de vulnérabilité
  • Le schéma d’échec
  • Le schéma d’exigences élevées

Le guide contient toute une série de questionnaires pour aider à déterminer les schémas inadaptés et à les surmonter. Ce guide, bien qu’écrit par des spécialistes, est accessible à un large public, nous reproduisons la référence dans l’encadré qui suit.

Jeffrey E. Young et Janet S. Klosko. (2003). Je réinvente ma vie. Vous valez mieux que vous ne pensez. Les Éditions de l’Homme.

Selon Elsa Ronningstam (2005, p. 168), cette méthode axée sur la transformation des modes inadaptés des schémas est l’une des plus prometteuses pour traiter le trouble de la personnalité narcissique, car elle combine des techniques cognitives, comportementales et expérientielles15.

Bien que le trouble de personnalité narcissique, du moins celui que l’on qualifie d’antagoniste, peut engendrer des interactions très difficiles avec l'entourage, il est important de garder espoir, car plusieurs recherches font état de la possibilité réelle pour ces personnes de se rétablir, même si cela peut s’avérer ardu, exigeant et lent. Il est central également de comprendre qu’une formation adéquate du personnel soignant, mais aussi leur adoption d’attitudes positives à l’égard de ces personnes, sont déterminantes pour les aider à se rétablir.

L’espoir que ces personnes peuvent changer est central.

Dans ce contexte, il est capital de modifier des croyances à l’effet que ce trouble est caractérisé uniquement par des comportements manipulateurs et malveillants. En effet, ce trouble comporte un aspect de vulnérabilité qui fait que ces personnes souffrent de leurs comportements, même si elles ne le démontrent pas.

Selon la Société canadienne de psychologie16, soutenir une personne présentant un trouble de la personnalité narcissique peut constituer une démarche à la fois importante et exigeante sur le plan émotionnel. Plusieurs recommandations sont proposées afin d’accompagner votre être cher tout en préservant votre bien-être.

  • Il est d’abord conseillé de s’informer sur le trouble de la personnalité narcissique afin d’en comprendre les manifestations, ainsi que les approches possibles de traitement et de gestion des symptômes.

  • Il est également suggéré d’adopter une attitude d’acceptation et de soutien envers votre être cher, tout en reconnaissant la souffrance qui se cache derrière certains comportements.

  • La Société canadienne de psychologie recommande d’encourager la personne à demander de l’aide, tout en acceptant que le changement ne peut être imposé de l’extérieur et qu’il relève de sa responsabilité.

  • Il est aussi important de mettre en place des limites claires et saines, afin de protéger votre équilibre personnel devant des attentes parfois envahissantes ou difficiles à satisfaire.

  • Par ailleurs, en tant que proches on vous invite à prendre soin de votre propre santé mentale, notamment en maintenant vos relations sociales et en ayant recours, au besoin, à des ressources d’aide professionnelle ou à des groupes de soutien.

  • Enfin, une vigilance particulière est recommandée en raison d’un risque accru de comportements suicidaires : il est important de prendre au sérieux les signes de détresse, par exemple des comportements autodestructeurs ou de repli sur soi, et de solliciter les services d’urgence en cas de risque immédiat.

En effet, comme le suggère la Société canadienne de psychologie, il ne faut pas refuser de l’aide. Elle peut provenir de professionnels de la santé mentale, mais aussi de groupes d’entraide dédiés aux membres de l’entourage d’une personne vivant avec un trouble de santé mentale, entre autres ceux membres de CAP santé mentale. Nous vous encourageons également à poursuivre votre exploration de l’outil d’autogestion CAP Mieux-Être pour vous informer sur la réalité des proches qui accompagnent un des leurs vivant avec un trouble de santé mentale.

Sources et notes

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